2.5Reformuler en « Comment pourrions-nous… ? »
La façon dont on formule un problème détermine largement les solutions qu'on va trouver. Un problème énoncé de façon négative, fermée ou étroite (« nos ventes baissent », « on n'a pas assez de budget ») bloque la pensée. La technique du « Comment pourrions-nous… ? » (en anglais « How Might We… », HMW, popularisée par le Design Thinking) transforme un problème en une question ouverte et stimulante qui invite à générer des solutions. « Nos ventes baissent » devient « Comment pourrions-nous relancer l'intérêt de nos clients ? ».
Cette reformulation a une puissance particulière, mot par mot. « Comment » présuppose qu'une solution existe et oriente vers l'action. « Pourrions-nous » ouvre le champ des possibles sans imposer de contrainte, autorise l'exploration et le « et si… ». « Nous » engage collectivement. Le tout crée une question optimiste, ouverte et actionnable — l'inverse d'un constat déprimant ou d'une contrainte figée. L'art de bien formuler la question HMW : ni trop large (« comment pourrions-nous rendre les gens heureux ? » — trop vague pour générer des idées concrètes), ni trop étroite (« comment pourrions-nous ajouter un bouton bleu ? » — la solution est déjà dans la question). On vise le bon niveau : assez ouvert pour laisser de la place à la créativité, assez ciblé pour orienter. Reformuler son problème en « Comment pourrions-nous… ? » est le pont idéal entre le cadrage (niveau 2) et la génération d'idées (niveau 1/3) : c'est la question de départ parfaite pour un brainstorming. Un problème bien reformulé donne envie de trouver des solutions.
Vocabulaire de la section
- « Comment pourrions-nous… ? » (HMW)
- Technique reformulant un problème en question ouverte et stimulante qui invite à générer des solutions.
- Reformulation positive
- Transformation d'un constat négatif/fermé en une question orientée vers l'action et les possibles.
- Question actionnable
- Formulation qui oriente vers l'action et suppose qu'une solution existe (« Comment… »).
- Bon niveau (ni trop large ni trop étroit)
- Formulation assez ouverte pour la créativité mais assez ciblée pour orienter (sans contenir la solution).
- Pont cadrage-idéation
- Rôle du HMW : relier la définition du problème à la génération d'idées (question de départ d'un brainstorming).
Pourquoi reformuler un problème en « Comment pourrions-nous… ? »
En pratique — Reformuler en « Comment pourrions-nous… ? »
- Partez de votre problème cadré (via QQOQCP, 5 pourquoi…) et transformez-le en question « Comment pourrions-nous… ? ».
- Tournez-le de façon ouverte et positive (orientée solution), pas comme un constat négatif ou une contrainte figée.
- Ajustez le niveau : ni trop large (vague) ni trop étroit (avec la solution dedans) — laisser de la place à la créativité.
- Utilisez cette question comme point de départ de votre génération d'idées (brainstorming, SCAMPER…).
Points clés à retenir
- La formulation du problème détermine les solutions trouvées ; un énoncé négatif/fermé bloque la pensée.
- « Comment pourrions-nous… ? » transforme le problème en question ouverte, optimiste et actionnable.
- Chaque mot compte : « comment » oriente vers l'action, « pourrions » ouvre les possibles, « nous » engage.
- Viser le bon niveau : ni trop large (vague) ni trop étroit (avec la solution) ; c'est la question de départ idéale d'un brainstorming.
Questions fréquentes
En quoi reformuler un problème en question change-t-il vraiment quelque chose ?
Cela change beaucoup, car la formulation façonne la pensée — c'est un principe fondamental de la résolution de problèmes. Un problème énoncé comme un constat négatif (« nos ventes baissent », « les clients sont mécontents ») ou une contrainte figée (« on n'a pas de budget ») met l'esprit dans un état défensif, fermé, voire déprimé : on subit, on cherche des coupables, on voit des obstacles. À l'inverse, la même situation reformulée en question ouverte et positive (« Comment pourrions-nous relancer l'intérêt de nos clients ? », « Comment pourrions-nous faire plus avec les moyens disponibles ? ») met l'esprit dans un état constructif et créatif : la question appelle des réponses, suppose qu'une solution existe, invite à explorer. Le simple fait de tourner un problème en « Comment pourrions-nous… ? » débloque la génération d'idées, car chaque mot agit : « comment » oriente vers l'action et le concret, « pourrions » ouvre le champ des possibles sans imposer de limite (on s'autorise à imaginer), « nous » crée un engagement collectif et positif. Psychologiquement, on passe du « il y a un problème » (subi, bloquant) au « comment pourrions-nous… » (actif, mobilisant). C'est aussi un excellent point de départ pour un atelier ou un brainstorming : lancer une session sur « nos ventes baissent » démotive, la lancer sur « comment pourrions-nous… » énergise et oriente. Ce n'est pas de la pensée magique ou du déni (on ne cache pas le problème) : c'est utiliser le pouvoir des mots pour orienter l'énergie mentale vers les solutions plutôt que vers les obstacles. Les praticiens du Design Thinking ont formalisé cette technique (le « How Might We ») précisément parce qu'elle a un effet concret et mesurable sur la qualité et la quantité des idées produites. Reformuler ne coûte rien et transforme radicalement la dynamique de résolution.
Comment trouver le bon niveau de formulation, ni trop large ni trop étroit ?
C'est le point délicat de la technique, et l'équilibre s'affine avec la pratique. Une question trop large (« Comment pourrions-nous rendre nos clients heureux ? », « Comment pourrions-nous améliorer le monde ? ») est trop vague pour générer des idées concrètes : elle ouvre tellement le champ qu'on ne sait par où commencer, et le brainstorming part dans tous les sens sans résultat exploitable. Une question trop étroite (« Comment pourrions-nous ajouter un bouton de rappel sur la page d'accueil ? ») contient déjà la solution dans son énoncé : elle ne laisse aucune place à la créativité, on ne fait qu'exécuter une idée préconçue au lieu d'explorer des alternatives. Le bon niveau se situe entre les deux : assez ouvert pour autoriser plusieurs directions de solutions (donc de la créativité), mais assez ciblé pour orienter vers un problème précis et actionnable. Par exemple, entre « comment rendre les clients heureux ? » (trop large) et « comment ajouter tel bouton ? » (trop étroit), on trouve « Comment pourrions-nous rendre plus facile pour un client de reprendre contact avec nous ? » — ouvert (plusieurs solutions possibles) mais orienté (un objectif clair). Quelques repères pratiques : partez du problème bien cadré (QQOQCP, 5 pourquoi) pour ne pas être trop vague ; vérifiez que votre question n'impose pas déjà une solution unique (si oui, élargissez : demandez « pourquoi voulons-nous cela ? » pour remonter au vrai besoin) ; et testez-la mentalement : « est-ce que cette question m'inspire plusieurs pistes différentes ? » (si non, elle est trop étroite) et « est-ce que je vois par où commencer ? » (si non, elle est trop large). On peut aussi générer plusieurs formulations HMW à partir d'un même problème (plus large, plus étroite, sous différents angles) et choisir celle qui inspire le mieux. Ajuster la focale est un art qui vient avec l'expérience : ne cherchez pas la formulation parfaite du premier coup, itérez. Une question bien calibrée est celle qui donne envie de trouver des solutions et oriente vers le bon problème.