2.2Estimation des charges & des durées
Une fois le travail identifié (WBS), il faut l'estimer : combien d'effort (charge, en jours-homme) et combien de temps (durée) chaque tâche demandera. C'est l'un des exercices les plus délicats — et les plus déterminants — de la gestion de projet, car tout le planning et le budget en découlent.
Plusieurs techniques existent : l'analogie (comparer à un projet similaire passé), le jugement d'expert, ou l'estimation à trois points (optimiste, probable, pessimiste) qui intègre l'incertitude. Le point clé : une estimation n'est pas une certitude. La reconnaître comme telle — et prévoir des marges — évite bien des déconvenues.
Vocabulaire de la section
- Charge (effort)
- Quantité de travail nécessaire, en jours-homme (ou heures). Distincte de la durée.
- Durée
- Temps calendaire pour réaliser une tâche. Dépend de la charge ET des ressources affectées et de leur disponibilité.
- Estimation par analogie
- Estimer en s'appuyant sur des projets/tâches similaires déjà réalisés (rapide, mais dépend de la comparabilité).
- Estimation à trois points
- Combiner une valeur optimiste, probable et pessimiste (souvent via PERT) pour intégrer l'incertitude.
- Incertitude
- Marge d'erreur inhérente à toute estimation. Plus le projet est nouveau/complexe, plus elle est grande.
Quelle est la différence entre charge et durée ?
En pratique — Estimer charges et durées
- Pour quelques lots du WBS, estimez la charge (jours-homme) par la technique la plus adaptée (analogie, expert).
- Distinguez charge et durée : une tâche de 4 j-h faite par 2 personnes ne dure pas forcément 2 jours (coordination, disponibilité).
- Sur les tâches incertaines, appliquez l'estimation à 3 points (optimiste/probable/pessimiste) pour objectiver la marge.
- Assumez l'incertitude : notez le niveau de confiance de chaque estimation et prévoyez une réserve (voir budget, 2-6).
Points clés à retenir
- La charge (effort en j-h) diffère de la durée (temps calendaire).
- Techniques : analogie, jugement d'expert, estimation à 3 points.
- L'estimation à 3 points intègre explicitement l'incertitude.
- Une estimation n'est pas une certitude : prévoir des marges.
Questions fréquentes
Pourquoi mes estimations sont-elles souvent trop optimistes ?
C'est un biais quasi universel (le « biais d'optimisme ») : on sous-estime les imprévus, la coordination, les reprises. Parades : s'appuyer sur des données réelles de projets passés (analogie), estimer à trois points, faire estimer par ceux qui réaliseront, et ajouter une réserve. Reconnaître le biais est déjà un grand pas.
Faut-il donner une date précise ou une fourchette ?
Une fourchette est plus honnête, surtout tôt dans le projet quand l'incertitude est forte (on parle de « cône d'incertitude » qui se resserre avec le temps). Communiquer un intervalle (« entre 6 et 8 semaines ») plutôt qu'une fausse précision (« 47 jours ») évite de créer des attentes intenables. On affine à mesure que le projet avance.