2.5Cotation, tolérances & nomenclature (BOM) + éclatés
Une vue sans cotes n'est qu'une image : la cotation est ce qui rend un plan fabricable. En SolidWorks, deux voies. Les cotes du modèle : les dimensions qui ont servi à construire la pièce peuvent être « importées » dans la mise en plan (elles sont associatives — modifier la cote sur le plan modifie le modèle). Les cotes de référence (ajoutées directement sur le plan avec l'outil de cotation intelligente) : elles mesurent la géométrie sans la piloter. L'art de la cotation n'est pas de « tout coter » mais de coter fonctionnellement et complètement sans redondance : donner les dimensions dont l'atelier a besoin pour fabriquer et contrôler, à partir des bonnes références (surfaces fonctionnelles), sans sur-coter ni laisser d'ambiguïté. C'est un savoir-faire de dessin technique autant que de logiciel.
Au-delà des dimensions nominales viennent les tolérances et l'habillage normalisé. Aucune pièce n'est fabriquée exactement : une cote s'accompagne d'une tolérance (± une valeur, ou une classe normalisée type H7/g6 pour un ajustement arbre-alésage) qui définit la plage acceptable. On ajoute aussi les états de surface (rugosité), les tolérances géométriques (planéité, perpendicularité, coaxialité… le tolérancement GD&T), les notes de perçage (générées depuis l'Assistant), les symboles de soudure. Côté assemblage, deux livrables essentiels. La nomenclature (BOM, Bill of Materials) : le tableau listant tous les composants (repère, désignation, quantité, matière…), généré automatiquement depuis l'assemblage et associatif (ajoutez une pièce, la BOM se met à jour) — c'est la « liste de courses » de fabrication et d'achat. Les bulles de repère (ballons) : les numéros qui relient chaque composant de la vue à sa ligne dans la nomenclature. Et la vue éclatée : la représentation où les composants sont écartés le long de leur direction de montage (créée dans l'assemblage via une « vue éclatée », puis insérée dans le plan) — indispensable aux notices de montage et à la compréhension de l'ordre d'assemblage. Ces éléments transforment vos vues en dossier de fabrication complet : quelqu'un qui ne connaît pas votre pièce doit pouvoir la fabriquer, la contrôler et l'assembler à partir du seul plan. C'est le test ultime d'une bonne mise en plan — et le point où SolidWorks, associatif de bout en bout, montre toute sa puissance : du modèle 3D découlent automatiquement des vues cotées, une nomenclature juste et des éclatés clairs, tous synchronisés.
Vocabulaire de la section
- Cotation fonctionnelle
- Choix des dimensions et références à coter selon le besoin de fabrication et de contrôle, sans redondance ni ambiguïté ; un savoir-faire de dessin technique.
- Tolérance / ajustement
- Plage acceptable autour d'une cote nominale (± une valeur ou classe normalisée H7/g6…) ; l'ajustement définit le jeu ou le serrage arbre-alésage.
- Tolérancement géométrique (GD&T)
- Spécifications de forme et position (planéité, perpendicularité, coaxialité…) au-delà des cotes dimensionnelles ; contrôle la géométrie fonctionnelle.
- Nomenclature (BOM)
- Tableau associatif listant les composants d'un assemblage (repère, désignation, quantité, matière) ; base de la fabrication et des achats.
- Vue éclatée
- Représentation où les composants sont écartés selon leur direction de montage ; créée dans l'assemblage, indispensable aux notices de montage.
Pourquoi une cote va-t-elle toujours avec une tolérance ?
En pratique — Coter, tolérancer et documenter un assemblage
- Sur une mise en plan de pièce, cotez fonctionnellement (importez les cotes du modèle + ajoutez les cotes de référence utiles) sans redondance, à partir des surfaces fonctionnelles.
- Ajoutez des tolérances (± ou ajustement type H7/g6), un état de surface et une tolérance géométrique sur une cote critique.
- Sur un assemblage, créez une vue éclatée (écartez les composants selon le montage) puis insérez-la dans le plan.
- Générez la nomenclature (BOM) et posez les bulles de repère (ballons) reliant chaque composant à sa ligne ; modifiez l'assemblage et vérifiez la mise à jour automatique.
Points clés à retenir
- Coter FONCTIONNELLEMENT et sans redondance (les dimensions utiles à la fabrication/au contrôle, bonnes références) — pas « tout coter » : c'est du dessin technique autant que du logiciel.
- Une cote va avec une TOLÉRANCE (± ou ajustement H7/g6) ; ajouter états de surface et tolérancement géométrique (GD&T) sur les cotes critiques.
- La NOMENCLATURE (BOM) liste les composants automatiquement et de façon associative ; les BULLES relient les vues à ses lignes.
- La VUE ÉCLATÉE (composants écartés selon le montage) documente l'assemblage — test ultime : un tiers doit pouvoir fabriquer et monter à partir du seul plan.
Questions fréquentes
Pourquoi mettre des tolérances — ma pièce n'a-t-elle pas déjà des dimensions exactes dans le modèle ?
C'est une confusion fréquente et importante : le modèle 3D est nominal et parfait, mais aucune pièce réelle ne sera fabriquée exactement à ces dimensions — les tolérances définissent l'écart acceptable, et les omettre revient à ne pas spécifier ce que vous voulez vraiment. Expliquons. Votre modèle indique « 40,00 mm » : c'est la dimension idéale. Mais tout procédé de fabrication (usinage, moulage, impression 3D…) a une dispersion : la pièce sortira à 39,98 ou 40,03 selon les aléas de la machine, de l'outil, de la matière. La question cruciale est : quel écart est acceptable ? Pour certaines cotes, ±0,5 mm est sans conséquence (l'épaisseur d'un capot esthétique) ; pour d'autres, ±0,01 mm est vital (le diamètre d'un axe qui doit coulisser dans un palier avec un jeu précis). C'est cela que la tolérance spécifie : « 40 ±0,1 » dit « fabriquez entre 39,9 et 40,1, c'est bon ». Sans tolérance indiquée, deux problèmes : (1) l'atelier ne sait pas quel niveau de précision viser — soit il vise trop juste (coûteux, lent, inutile) là où ce n'était pas nécessaire, soit pas assez là où c'était critique, et la pièce ne fonctionne pas ; (2) le contrôle qualité ne sait pas sur quelle base accepter ou refuser une pièce. C'est pourquoi tout plan professionnel porte des tolérances : soit spécifiques sur les cotes fonctionnelles importantes, soit générales (un « tolérancement général » au cartouche du type « cotes sans indication : ±0,2 » couvre toutes les cotes courantes, et on ne détaille que les cotes critiques). Le concept se raffine avec les ajustements (H7/g6 et autres) : pour une liaison arbre-alésage, on ne tolère pas l'arbre et le trou indépendamment « au hasard » — on choisit une combinaison normalisée qui garantit le comportement voulu (jeu pour un coulissement, serrage pour un emmanchement fixe, incertain entre les deux). Le système ISO d'ajustements code cela de façon compacte et universelle. Et le tolérancement géométrique (GD&T) va plus loin : au-delà des dimensions, il spécifie la forme et la position (une face doit être plane à 0,05 près, un axe perpendiculaire à 0,1, deux alésages coaxiaux) — car une pièce peut avoir toutes ses cotes justes et pourtant ne pas fonctionner si elle est voilée ou de travers. La leçon de fond : concevoir, ce n'est pas seulement définir des dimensions idéales, c'est spécifier le domaine de conformité qui garantit la fonction au moindre coût. Les tolérances sont le langage de cette spécification — un savoir d'ingénierie que SolidWorks vous aide à porter sur le plan, mais qui relève de votre compréhension du besoin fonctionnel.
Comment fonctionne la nomenclature (BOM) et pourquoi est-elle si importante ?
La nomenclature (Bill of Materials) est bien plus qu'un tableau : c'est le pont entre la conception et tout le reste de l'entreprise (achats, fabrication, montage, coût, maintenance), et sa génération automatique et associative en SolidWorks est l'un des grands bénéfices du travail 3D structuré. Fonctionnement : la BOM se génère à partir de la structure de votre assemblage — SolidWorks parcourt l'arbre et liste chaque composant avec ses propriétés (repère, désignation, quantité, matière, masse, référence fournisseur… selon les colonnes que vous choisissez). Points clés de son fonctionnement. (1) Associativité : la BOM est liée au modèle. Ajoutez une vis, changez une quantité, modifiez une désignation → la nomenclature se met à jour automatiquement. Fini les listes de composants recomptées à la main (source d'erreurs majeures : la pièce oubliée, la quantité fausse). (2) Structure : la BOM peut être « à plat » (tous les composants au même niveau) ou « structurée/indentée » (respectant la hiérarchie des sous-ensembles — cf. section 2-2). La version structurée reflète le montage réel et sépare les sous-ensembles ; c'est souvent ce que veulent la fabrication et les achats. (3) Propriétés personnalisées : la richesse de la BOM dépend des informations que vous avez saisies dans les pièces (propriétés personnalisées : désignation, matière, référence, fournisseur…). Une pièce bien renseignée alimente une BOM complète automatiquement ; d'où l'importance de remplir ces propriétés dès la modélisation. (4) Repères et bulles : chaque ligne de la BOM porte un numéro de repère, et les bulles (ballons) placées sur les vues relient visuellement chaque composant à sa ligne — le monteur voit « le composant 5 » sur l'éclaté et le retrouve dans la liste. Pourquoi c'est si important : (1) les achats commandent d'après la BOM (quoi, combien, quelle référence) ; (2) la fabrication et le montage travaillent d'après elle (liste des pièces à produire ou approvisionner, ordre de montage avec l'éclaté) ; (3) le coût se calcule dessus (le chiffrage part de la nomenclature) ; (4) la maintenance et les pièces de rechange s'y réfèrent (identifier une pièce à remplacer via son repère) ; (5) la gestion de données / ERP (niveau 5) s'appuie sur les nomenclatures pour piloter la production. Une BOM fausse ou incohérente se paie donc tout au long de la chaîne : commande erronée, pièce manquante au montage, coût mal évalué. C'est pourquoi la BOM associative de SolidWorks — juste par construction, mise à jour automatiquement — est un atout considérable par rapport à une liste tenue à part. Le corollaire pour vous : soignez la structure de vos assemblages et renseignez les propriétés de vos pièces — c'est ce travail « invisible » qui fait qu'une nomenclature complète et exacte se génère toute seule, au lieu d'être un casse-tête à reconstituer.